Vous ne touchez pas votre smartphone, vos yeux restent sur la route et vous utilisez le système mains libres de la voiture. Pourtant, votre conduite peut déjà être affectée. Une expérimentation menée en 2026 auprès de 26 automobilistes montre qu’une conversation téléphonique s’accompagne de réactions plus lentes et de davantage d’erreurs de conduite. Voici ce qui change concrètement lorsque notre attention doit se partager entre la route et une conversation.
- Pourquoi un appel peut-il distraire sans regarder son téléphone ?
- 1. Les réactions deviennent plus lentes
- 2. La vitesse est moins bien surveillée
- 3. Les freinages brutaux deviennent plus fréquents
- 4. Suivre le GPS devient plus difficile
- 5. Les accidents augmentent sur le simulateur
- Pourquoi le mains libres ne règle-t-il pas tout ?
- Que retenir pour ses trajets en voiture ?
Pourquoi un appel peut-il distraire sans regarder son téléphone ?
Lorsqu'on parle de téléphone au volant, le premier réflexe est souvent de penser au conducteur qui consulte un message ou tient son smartphone dans une main. Mais il existe une distraction beaucoup moins visible : celle provoquée par la conversation elle-même.
Pour l'étudier, OpinionWay et Assurance Prévention ont fait conduire 26 personnes âgées de 21 à 59 ans sur un simulateur automobile Develter Innovation. Chaque participant a réalisé un parcours de 37 km dans deux situations : sans conversation téléphonique, puis avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle.
Les chercheurs ont suivi les mouvements des yeux et différents comportements de conduite. Au total, les mesures portent sur plus de 1 924 kilomètres et 26 heures de conduite simulée.
Ce protocole fait ressortir un phénomène important : un conducteur peut continuer à regarder dans la bonne direction tout en conduisant moins efficacement.
1. Les réactions deviennent plus lentes
C'est probablement l'un des effets les plus faciles à comprendre. Lorsqu'une situation imprévue apparaît sur la route, il faut d'abord la détecter, comprendre ce qui se passe, décider quoi faire puis agir.
Dans l'expérience, le temps de réaction moyen des participants était de 0,97 seconde lorsqu'ils conduisaient sans conversation. Il est passé à 1,11 seconde pendant la conversation téléphonique.
+14 %
C'est l'augmentation du temps de réaction moyen observée pendant la conduite avec conversation téléphonique.
L'écart est de 0,14 seconde. Pris isolément, il peut paraître faible. Mais il montre que les participants commencent en moyenne à réagir plus tard lorsqu'une partie de leur attention est mobilisée par la conversation.
2. La vitesse est moins bien surveillée
Une conversation semble également modifier la manière dont le conducteur surveille son compteur.
Sur l'ensemble du parcours, les participants passent en moyenne 4 minutes et 10 secondes à regarder leur compteur de vitesse sans conversation, contre 3 minutes et 40 secondes lorsqu'ils téléphonent. L'étude observe donc une baisse du temps consacré au compteur pendant l'appel.
Cette différence se retrouve dans les comportements enregistrés. Le nombre moyen d'excès de vitesse passe de 3,7 sans conversation à 4,4 avec conversation, soit une hausse de 20 %.
Les contrôles radar intégrés au simulateur donnent un autre indicateur. Trois radars étaient répartis sur le trajet : deux sur route départementale et un sur autoroute. Le nombre moyen de flashs passe de 0,15 sans conversation à 0,31 pendant la conversation.
Dans les conditions de l'expérience, cela correspond à 107 % de flashs supplémentaires.
Ce que cela suggère : un conducteur en conversation peut toujours voir la chaussée tout en consacrant moins d'attention à certaines informations secondaires mais indispensables, comme la surveillance régulière de sa vitesse.
3. Les freinages brutaux deviennent plus fréquents
Un freinage brutal peut avoir de nombreuses causes : danger soudain, mauvaise anticipation ou événement imprévisible. L'étude ne permet donc pas d'attribuer chaque freinage à un manque d'attention.
Elle constate néanmoins une différence entre les deux parcours. Les participants effectuent en moyenne 4,77 freinages considérés comme brutaux sans conversation, contre 5,92 avec conversation.
Cela représente une augmentation de 24 % lorsque les conducteurs sont au téléphone.
Ce résultat est particulièrement intéressant lorsqu'il est rapproché de l'augmentation du temps de réaction. Si un événement est traité un peu plus tard, le conducteur peut disposer de moins de temps pour adapter progressivement sa conduite et devoir réagir plus fortement.
Cette dernière explication constitue toutefois une interprétation possible des résultats : l'étude établit l'augmentation des freinages brutaux et celle du temps de réaction, mais elle ne démontre pas que tous ces freinages supplémentaires sont directement provoqués par le retard de réaction.
4. Suivre le GPS devient plus difficile
Un appel téléphonique peut aussi perturber une tâche particulièrement courante : suivre son itinéraire.
Dans l'expérience, les participants étaient guidés par un GPS et par la signalisation. Le nombre moyen d'erreurs de suivi de l'itinéraire passe de 0,19 sans conversation à 0,35 pendant la conversation.
+84 %
C'est l'augmentation des erreurs de suivi GPS observée pendant le parcours avec conversation téléphonique.
Une erreur d'itinéraire n'est évidemment pas dangereuse par nature. Le rapport souligne cependant qu'elle peut entraîner des conséquences si le conducteur tente ensuite de corriger son erreur en adoptant un comportement risqué.
Dans la vie quotidienne, l'enseignement est facile à transposer : écouter son interlocuteur, préparer sa réponse, surveiller la circulation et interpréter simultanément les indications du GPS représentent plusieurs tâches concurrentes.
5. Les accidents augmentent sur le simulateur
C'est le résultat le plus marquant de l'expérience, mais également celui qu'il faut interpréter avec le plus de prudence.
Le nombre moyen d'accidents enregistrés est de 0,15 par participant pendant le parcours sans conversation. Il atteint 0,46 pendant le parcours avec conversation.
La différence correspond à une hausse de 206 % : le nombre d'accidents relevés est donc approximativement multiplié par trois dans la condition avec conversation téléphonique.
Il serait cependant incorrect d'en conclure que répondre à un appel multiplie systématiquement par trois le risque d'avoir un accident dans la circulation réelle.
L'expérience ne porte que sur 26 participants et se déroule sur un simulateur. Ce chiffre décrit précisément ce qui s'est produit dans les conditions de l'étude ; il ne constitue pas une mesure universelle du risque individuel d'accident.
Pourquoi le mains libres ne règle-t-il pas tout ?
Le système mains libres répond à une partie du problème : il permet de ne pas tenir son smartphone. Mais il ne supprime pas l'effort mental nécessaire pour participer à une conversation.
C'est ce qui rend les mesures du regard particulièrement intéressantes.
Les participants passent 75,3 % de leur temps à regarder vers l'avant sans conversation et 73,8 % pendant la conversation. La différence est faible.
Lorsque les chercheurs prennent en compte la vision vers l'avant et le contrôle des rétroviseurs, la proportion de temps consacrée à la route est même pratiquement identique : 81,8 % sans conversation contre 82,4 % avec conversation.
Autrement dit, les yeux peuvent être correctement orientés alors que certains comportements de conduite se dégradent.
Les clignements des yeux apportent un autre indice. Ils passent de 295 à 463 sur l'ensemble des parcours, soit +57 % pendant la conversation. En présence d'un danger, l'écart est encore plus important : 50 clignements sans conversation contre 93 avec conversation, soit +84 %.
Idée reçue : « Tant que je regarde la route, je reste attentif. »
Ce que montre l'expérience : le regard vers la route reste globalement similaire, mais le temps de réaction augmente et plusieurs erreurs ou comportements à risque deviennent plus fréquents. Les auteurs considèrent donc que regarder la chaussée n'est pas suffisant pour mesurer l'attention réellement engagée du conducteur.
Que retenir pour ses trajets en voiture ?
L'intérêt de cette étude n'est pas seulement de rappeler qu'il est dangereux de manipuler un smartphone en conduisant. Elle met en évidence quelque chose de moins évident : la conversation téléphonique constitue elle-même une tâche susceptible de concurrencer la conduite pour notre attention.
Les conclusions du rapport regroupent plusieurs évolutions observées pendant la conversation : +20 % d'excès de vitesse, +107 % de flashs aux radars, +24 % de freinages brutaux, +84 % d'erreurs GPS et +206 % d'accidents sur le simulateur.
- Demandez-vous si la conversation peut attendre la fin du trajet.
- Préparez le GPS et l'itinéraire avant de démarrer afin de limiter les tâches simultanées.
- Ne confondez pas mains libres et absence de distraction.
- Évitez particulièrement les conversations qui demandent réflexion ou concentration.
- Si un échange nécessite réellement votre attention, arrêtez-vous dans un endroit approprié avant de poursuivre la conversation.
Il faut également distinguer sécurité et réglementation. Le téléphone tenu en main et les oreillettes sont interdits au volant. Les dispositifs directement intégrés au véhicule peuvent être utilisés, mais cette autorisation ne signifie pas qu'une conversation devient sans effet sur la vigilance. Le rapport rappelle d'ailleurs que le téléphone demeure une source majeure de distraction au volant.
Téléphone et conduite : les questions fréquentes
Est-ce que parler au téléphone déconcentre vraiment au volant ?
Dans cette expérimentation, oui. Chez les 26 participants, la conversation téléphonique s'accompagne notamment d'une hausse de 14 % du temps de réaction, de 17 % du nombre de distractions et de plusieurs comportements de conduite à risque plus fréquents.
Est-ce dangereux si le téléphone est connecté à la voiture ?
Un système intégré évite de tenir le smartphone, mais il ne supprime pas la conversation. Les résultats de l'étude montrent précisément que certains indicateurs se dégradent alors que les participants continuent globalement à regarder la route.
Pourquoi une conversation téléphonique est-elle différente d'une simple distraction visuelle ?
Parce qu'elle peut mobiliser l'attention sans obliger le conducteur à détourner les yeux. Dans l'étude, la vision vers l'avant reste proche entre les deux parcours alors que le temps de réaction et plusieurs comportements de conduite se dégradent. Les auteurs mettent ainsi en avant le rôle de la charge cognitive.
Téléphoner au volant multiplie-t-il le risque d'accident par trois ?
L'étude a relevé environ trois fois plus d'accidents sur simulateur pendant le parcours avec conversation, soit +206 %. Ce résultat obtenu auprès de 26 participants ne permet toutefois pas d'affirmer que le risque réel de chaque conducteur est systématiquement multiplié par trois.
Qu'est-ce qui augmente le plus pendant une conversation ?
Parmi les indicateurs comportementaux étudiés, les écarts les plus importants concernent les accidents sur simulateur (+206 %), les flashs aux radars (+107 %) et les erreurs de suivi GPS (+84 %). Ces pourcentages correspondent aux conditions précises de l'expérimentation.
Le point essentiel est donc moins visible qu'un smartphone tenu à la main : on peut avoir les deux mains sur le volant, regarder devant soi et néanmoins disposer de moins d'attention pour analyser ce qui se passe. Dans cette expérimentation, cette différence se retrouve dans les réflexes, la surveillance de la vitesse, le suivi du GPS, les freinages et les accidents enregistrés. Pour le conducteur, repousser un appel peut donc avoir un intérêt même lorsque la technologie permet techniquement de téléphoner sans toucher son smartphone.