Appels au volant : des réflexes plus lents malgré les yeux sur la route

Peut-on vraiment rester concentré sur sa conduite lorsqu’on parle au téléphone sans toucher son smartphone ? Une étude réalisée en 2026 par OpinionWay auprès de 26 conducteurs sur simulateur apporte des éléments de réponse. Les participants continuent globalement à regarder la route pendant la conversation, mais leur temps de réaction augmente et plusieurs erreurs deviennent plus fréquentes. Vitesse, freinage, GPS : la distraction ne passe donc pas forcément par un écran.

Avoir les yeux sur la route suffit-il pour rester attentif ?

Non. Un conducteur peut continuer à regarder la circulation tout en disposant de moins d’attention pour traiter ce qu’il voit. C’est l’un des résultats les plus intéressants observés chez les participants. Sans conversation téléphonique, les conducteurs passent 75,3 % de leur temps à regarder vers l’avant. Pendant la conversation, cette proportion reste proche, à 73,8 %. Lorsque la vision vers l’avant et la surveillance des rétroviseurs sont regroupées, la différence est encore plus faible : 81,8 % du temps sans conversation contre 82,4 % avec conversation. Visuellement, le conducteur peut donc donner l’impression d’être tout aussi attentif. Pourtant, les autres résultats montrent que sa conduite n’est pas tout à fait la même.
Le point essentiel : regarder la route et traiter efficacement toutes les informations présentes devant soi sont deux choses différentes. Une conversation peut mobiliser une partie de l’attention nécessaire pour anticiper et réagir.

Une conversation téléphonique ralentit-elle les réflexes ?

Le temps de réaction moyen augmente de 14 % pendant la conversation. Sans conversation, les participants mettent en moyenne 0,97 seconde à réagir lors du test réalisé pendant la conduite. Ce temps passe à 1,11 seconde lorsqu’ils sont en conversation téléphonique.
0,97 s → 1,11 s Le temps de réaction moyen augmente de 14 % pendant la conversation.
Une différence de 0,14 seconde peut sembler faible. Elle signifie néanmoins que le conducteur commence en moyenne à réagir plus tard à une situation nécessitant une action. Sur la route, la conduite ne consiste pas uniquement à voir un obstacle ou un ralentissement. Il faut identifier la situation, comprendre ce qui se passe, décider de la réponse appropriée puis agir. Une conversation ajoute simultanément une autre tâche : écouter, comprendre et répondre à son interlocuteur.

Pourquoi la vitesse est-elle moins bien maîtrisée pendant une conversation ?

La surveillance du compteur fait partie des petites tâches répétées en permanence pendant un trajet. Or, les résultats montrent que les conducteurs consacrent moins de temps à leur compteur lorsqu’ils sont en conversation. Sans conversation, ils passent en moyenne 4 minutes et 10 secondes à regarder leur vitesse sur l’ensemble du parcours. Pendant la conversation, ce temps descend à 3 minutes et 40 secondes. Cette différence s’accompagne d’une augmentation des excès de vitesse.
Indicateur Sans conversation Avec conversation Évolution
Excès de vitesse 3,7 en moyenne 4,4 en moyenne +20 %
Flashs aux radars 0,15 en moyenne 0,31 en moyenne +107 %
Le parcours comportait trois contrôles radar. Pendant la conversation, le nombre moyen de flashs passe de 0,15 à 0,31. Ces chiffres ne signifient pas que parler au téléphone provoque automatiquement un excès de vitesse. Ils montrent que, dans les conditions testées, les participants ont moins regardé leur compteur et ont dépassé plus souvent les limitations lorsqu’ils étaient en conversation.

Les freinages brutaux deviennent-ils plus fréquents ?

Oui. Les participants effectuent en moyenne 4,77 freinages brutaux lorsqu’ils conduisent sans conversation, contre 5,92 pendant la conversation.
+24 % C’est l’augmentation du nombre moyen de freinages brutaux observée pendant la conversation.
Cette différence est particulièrement intéressante lorsqu’elle est rapprochée de l’augmentation du temps de réaction. Une conduite fluide dépend en partie de l’anticipation. Lorsqu’un ralentissement ou un événement est détecté suffisamment tôt, le conducteur dispose de davantage de temps pour adapter progressivement sa vitesse. Il faut cependant rester prudent : les résultats montrent simultanément davantage de freinages brutaux et un temps de réaction plus long, mais ils ne permettent pas d’affirmer que chaque freinage supplémentaire est directement causé par ce retard de réaction.

Le GPS est-il plus difficile à suivre pendant un appel ?

Les erreurs de navigation sont nettement plus fréquentes pendant la conversation. Le nombre moyen d’erreurs de suivi GPS passe de 0,19 sans conversation à 0,35 avec conversation, soit une hausse de 84 %.
+84 % Les erreurs de suivi de l’itinéraire sont plus nombreuses lorsque les participants sont en conversation.
Suivre un GPS demande déjà plusieurs opérations : entendre ou lire l’instruction, comprendre la direction à prendre, identifier la bonne route et parfois sélectionner la bonne voie. Une conversation vient ajouter une autre tâche mentale. Il faut écouter une phrase, en comprendre le sens, préparer une réponse et parfois mémoriser des informations. Rater une sortie ou prendre une mauvaise direction n’est pas nécessairement dangereux. En revanche, la réaction qui suit une erreur de navigation peut créer une difficulté supplémentaire : chercher rapidement un nouvel itinéraire, regarder davantage le GPS ou tenter un changement de voie tardif.

Que se passe-t-il lorsqu’un danger apparaît ?

Les différences ne concernent pas uniquement les périodes ordinaires de conduite. Lors des situations dangereuses intégrées au parcours, le nombre de clignements des yeux passe de 50 sans conversation à 93 avec conversation, soit une augmentation de 84 %. Sur l’ensemble du trajet, le phénomène est également marqué : les chercheurs comptabilisent 295 clignements sans conversation contre 463 avec conversation.
+57 % C’est l’augmentation globale du nombre de clignements des yeux pendant la conversation.
Les clignements sont utilisés ici comme l’un des indicateurs permettant d’évaluer l’état de vigilance. Leur augmentation est considérée comme compatible avec une baisse de concentration. Les distractions directement enregistrées sont elles aussi plus nombreuses : 871 sans conversation contre 1 020 avec conversation, soit une hausse de 17 %.

La distraction varie-t-elle selon le type de route ?

Oui. Les différences ne sont pas identiques en ville, sur route départementale et sur autoroute.

Sur autoroute, les écarts sont particulièrement visibles

Sur la portion autoroutière, le nombre de clignements des yeux passe de 77 à 127 pendant la conversation, soit une hausse de 65 %. Le nombre de distractions augmente également de 220 à 278, soit +26 %. Dans le même temps, la proportion consacrée à la vision vers l’avant passe de 77 % à 74,5 %. Ces résultats sont intéressants parce qu’une autoroute peut donner une impression de conduite relativement simple : peu d’intersections et de longues portions dans la même direction. Pourtant, le conducteur doit rester disponible pour détecter rapidement un ralentissement, un changement de voie ou tout autre événement inattendu.

Sur route départementale

Les clignements passent de 198 à 294, soit +48 %. Les distractions augmentent quant à elles de 588 à 660, soit +12 %. Le temps d’attention visuelle à la route reste cependant pratiquement stable.

En ville, les résultats sont plus nuancés

En environnement urbain, les clignements augmentent de 33 %, mais le nombre de distractions enregistrées ne progresse pas : il passe de 60 à 56. Ce résultat apporte une nuance importante. Tous les indicateurs ne se dégradent pas systématiquement dans toutes les situations. C’est l’accumulation de plusieurs différences sur l’ensemble du trajet qui permet d’observer les effets de la conversation.

Les accidents sont-ils plus nombreux pendant une conversation ?

Sur le simulateur, oui. Le nombre moyen d’accidents enregistrés passe de 0,15 par conducteur sans conversation à 0,46 avec conversation.
+206 % Le nombre moyen d’accidents enregistrés sur le simulateur est environ trois fois supérieur pendant la conversation.
C’est le chiffre le plus spectaculaire parmi les résultats, mais également celui qui demande le plus de prudence. Une hausse de 206 % dans cette expérimentation ne signifie pas qu’un automobiliste qui téléphone multiplie automatiquement par trois son risque d’accident sur une route réelle. Les résultats proviennent d’un groupe de seulement 26 conducteurs évoluant sur un simulateur. Le chiffre décrit donc ce qui a été observé dans ces conditions précises et ne constitue pas une estimation universelle du risque individuel.

Pourquoi le problème persiste-t-il sans téléphone dans les mains ?

Les résultats permettent de distinguer plusieurs formes de distraction. Manipuler un smartphone crée une distraction évidente : une main peut quitter le volant et les yeux peuvent quitter la chaussée. Mais la conversation elle-même sollicite également des ressources mentales. Conduire demande de surveiller en permanence plusieurs éléments : vitesse, distances, signalisation, trajectoire, rétroviseurs, GPS et comportement des autres usagers. Une conversation ajoute une seconde activité qui nécessite elle aussi de comprendre des informations et de prendre des décisions.
« Je ne touche pas mon téléphone et je regarde devant moi, donc je reste concentré. » Les résultats montrent que cette impression peut être trompeuse. Les participants continuent globalement à regarder la route pendant la conversation, mais leur temps de réaction augmente de 14 % et plusieurs erreurs de conduite deviennent plus fréquentes.
Le problème ne réside donc pas uniquement dans l’endroit où se trouvent les mains ou les yeux. Une partie de la distraction peut être cognitive : le conducteur regarde la bonne information sans nécessairement lui consacrer toutes les ressources mentales disponibles.

Ce qu’il faut retenir avant de téléphoner en conduisant

Les résultats obtenus ne permettent pas d’affirmer que chaque conversation produira les mêmes effets chez tous les automobilistes. Le nombre de participants est limité et la conduite a été réalisée sur simulateur. Ils mettent néanmoins en évidence plusieurs différences cohérentes entre une conduite sans conversation et une conduite accompagnée d’un échange téléphonique.
  • Le regard vers la route reste globalement stable pendant la conversation.
  • Le temps de réaction moyen augmente de 14 %, passant de 0,97 à 1,11 seconde.
  • Les distractions augmentent de 17 % sur l’ensemble du trajet.
  • Les excès de vitesse progressent de 20 % et les freinages brutaux de 24 %.
  • Les erreurs de suivi GPS augmentent de 84 %.
  • Le nombre moyen d’accidents sur simulateur augmente de 206 %, un résultat qui ne doit pas être directement transposé au risque réel sur route.
Le principal enseignement est donc moins évident qu’un conducteur regardant son smartphone : on peut avoir les yeux sur la route tout en étant moins disponible pour conduire. Une conversation téléphonique mobilise une partie de l’attention nécessaire pour surveiller sa vitesse, suivre son itinéraire, anticiper les mouvements des autres véhicules et réagir à un événement imprévu. Lorsque l’appel peut attendre, éviter de multiplier les tâches permet de conserver davantage d’attention pour la conduite.

Questions fréquentes sur les appels au volant

Peut-on être distrait en conduisant tout en regardant la route ?Oui. Les conducteurs observés consacrent pratiquement autant de temps à la route avec et sans conversation. Pourtant, leur temps de réaction augmente et plusieurs erreurs deviennent plus fréquentes. La distraction peut donc être cognitive et pas uniquement visuelle.
De combien le temps de réaction augmente-t-il pendant une conversation ?Le temps de réaction moyen passe de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde avec conversation, soit une augmentation de 14 % chez les participants.
Une conversation peut-elle perturber le GPS ?Les erreurs de suivi GPS passent en moyenne de 0,19 à 0,35 pendant la conversation, ce qui correspond à une hausse de 84 % dans les conditions testées.
Pourquoi les appels peuvent-ils déconcentrer même sans manipuler le téléphone ?Une conversation nécessite d’écouter, de comprendre et de préparer une réponse. Ces tâches mobilisent une partie des ressources mentales également nécessaires pour analyser la circulation et anticiper les événements.
Le risque d’accident est-il réellement multiplié par trois ?Il ne faut pas interpréter les résultats ainsi. Le nombre moyen d’accidents sur simulateur a augmenté de 206 % pendant la conversation, mais cette observation repose sur 26 conducteurs dans un environnement simulé. Elle ne permet pas d’affirmer que le risque réel de chaque automobiliste est multiplié par trois.